Ces derniers mois, la course à l’Intelligence Artificielle semble s’accélérer. Les grands groupes investissent massivement, les outils se démocratisent et les entreprises s’interrogent sur la manière d’intégrer ces nouvelles technologies dans leurs pratiques.
Selon un rapport Ipsos1 réalisé pour Google auprès de plus de 23 200 adultes de 30 pays européens, dont 1000 en France, plus d’un adulte sur deux a déjà utilisé des outils d’IA générative au cours des deux dernières années, soit une augmentation nette de 23 points.
Pour autant, que se passe-t-il concrètement dans les entreprises ?
Dans les faits l’usage de l’IA reste encore plus fréquent dans la sphère personnelle que professionnelle. Toujours selon cette étude Ipsos, seuls 35 % des actifs utilisent l’IA au travail au moins une fois par semaine, contre 41 % dans leur vie personnelle.
L’adoption varie également fortement selon la taille des entreprises. Les petites structures accusent un retard conséquent : seulement 15% d’entre elles utilisent aujourd’hui l’IA, contre 58% des grandes entreprises.
Qu’en est-il dans le secteur du BTP, dont le tissu économique est constitué à 94% d’entreprises de moins de 10 salariés2 ? Eléments de réponse avec une étude menée par l’Observatoire des métiers du BTP.
Intelligence artificielle : une adoption encore limitée dans les entreprises du BTP
Entre octobre 2024 et février 2025, l’Observatoire des
métiers du BTP a confié au cabinet Plein Sens la réalisation d’une étude3
consacrée à la perception et à l’intégration des outils d’intelligence
artificielle dans les entreprises du secteur.
Publiés début 2026, les résultats reposent sur les réponses
de 621 entreprises du bâtiment, principalement des TPE et PME, et plusieurs
entretiens menés auprès de professionnels et d’organisations du secteur.
Premier constat : l’usage de l’IA reste encore très marginal dans les entreprises du BTP. Moins de 10% des entreprises du BTP déclarent utiliser l’IA aujourd’hui. Pour autant, l’intérêt est bien réel puisque 36% des chefs d’entreprises se disent intéressés par le déploiement de solutions d’IA dans les années à venir.

Cet intérêt varie toutefois fortement selon la taille des structures. Dans les entreprises de taille moyenne ou grande, un dirigeant sur deux envisage de recourir à l’IA dans les prochaines années. Dans les TPE, la proportion tombe à 29,7%.
Plus largement, la majorité des entreprises du BTP semble n’avoir à ce jour qu’une pratique partielle de l’Intelligence Artificielle. A la question « Avez-vous déjà utilisé vous-même un outil d’IA grand public (de type ChatGPT, Copilot, Gemini, etc.) ? », 43,5% des répondants déclarent ne jamais les avoir utilisés.
Des usages IA encore centrés sur la bureautique
Les résultats de l’étude montrent également que lorsque l’Intelligence Artificielle est utilisée, elle sert avant tout d’assistant pour des tâches bureautiques simples : corriger ou reformuler un document, rédiger un email, produire un compte rendu. Ce premier niveau d’usage ne nécessite généralement pas de compétences techniques particulières, si ce n’est la capacité à formuler un simple prompt.
Dans certains cas, ces outils commencent aussi à trouver leur place sur le chantier. Les conducteurs de travaux peuvent par exemple enregistrer leurs réunions ou visites de contrôle afin de générer automatiquement un compte rendu.
Comme le souligne un dirigeant de PME interrogé dans l’étude :
« Le troisième gros cas d’usage dans l’entreprise, c’est pour les conducteurs de travaux. Quand ils font des réunions de chantier ou des visites de contrôle, ils s’enregistrent avec ChatGPT : ils font faire les synthèses, ils font préparer les mails automatiquement ».
Les fonctionnalités de dictaphone présentent par ailleurs un intérêt particulier pour les professionnels du chantier, parfois moins à l’aise avec l’écrit, en leur permettant de s’affranchir de la saisie écrite.
Des freins structurels importants
Si l’intelligence artificielle peine encore à s’implanter dans les entreprises du BTP, ce n’est pas tant par manque d’intérêt mais plutôt pour des raisons structurelles propres au BTP : un secteur fragmenté, peu standardisé et soumis à de fortes exigences de fiabilité.
Des freins technologiques
La diversité des usages, la multiplicité des logiciels et leur faible interopérabilité limitent encore les possibilités d’automatisation. Les outils utilisés par les entreprises – logiciels de devis, facturation, BIM ou suivi de chantier – fonctionnent souvent de manière cloisonnée. Comme le souligne ce directeur technique d’une ETI de travaux publics, interrogé dans l’étude :
« J’ai pleins de solutions différentes : pour les devis, la facturation, la banque, la comptabilité… mais rien n’est connecté. Je passe 70% de mon temps à faire des passerelles entre les outils ».
À cela s’ajoutent des enjeux de fiabilité des données et de cybersécurité, particulièrement sensibles dans les petites structures souvent moins équipées pour se protéger contre les risques de cyberattaques.
Des freins économiques
Dans le BTP, plus de 90% des entreprises sont de taille artisanale. Leurs ressources sont souvent limitées. Dans ce contexte, les investissements nécessaires et les risques associés apparaissent encore disproportionnés par rapport aux gains attendus. Beaucoup d’entreprises attendent ainsi des preuves plus concrètes de retour sur investissement avant de franchir le pas.
Des freins organisationnels et structurels
Enfin, la faible acculturation numérique, la résistance au changement et le vieillissement d’une partie des dirigeants ralentissent également l’adoption de ces technologies et accentuent le déficit de coordination entre les acteurs.
« On a quand même toute une catégorie de dirigeants vieillissants qui se disent que bientôt ils ne seront plus là alors pourquoi s’embêter à intégrer de l’innovation. À contrario, on voit arriver des dirigeants plus jeunes ou qui viennent d’autres secteurs et qui aimeraient pouvoir l’appliquer dans leur entreprise, y compris des TPE/PME ». Organisme de formation interrogé.
Des compétences à faire évoluer pour adopter pleinement l'IA
Face à ces enjeux, l’étude souligne la nécessité d’accompagner la montée en compétences des professionnels du BTP. Les retours d’expérience montrent que la réussite des projets d’IA dépend moins de la technologie elle-même que de la gouvernance, de la pédagogie interne et de la capacité à concevoir des usages adaptés aux métiers. Autant de conditions nécessaires pour permettre au secteur du BTP de s’approprier progressivement ces technologies et d’en tirer pleinement parti.
1 IA en entreprise : état des lieux et leviers d’accélération (Ipsos pour Google, 2026)
2 Observatoire des métiers du BTP, répartition des entreprises, 2022
3 Observatoire des métiers du BTP, étude sur la
perception des outils d’intelligence artificielle dans les entreprises du BTP,
2026.
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